« Il signe d’un Z qui veut dire….. »

« Il signe d’un Z qui veut dire….. »

Il aura fallu une traversée vers l’Europe et un couple mondialement connu ! Nous sommes en 1919 à bord d’un transatlantique en compagnie de Douglas Fairbanks et Mary Pickford qui viennent de fonder, avec Griffith et Chaplin, les Artistes Associés. Le couple a embarqué pour promouvoir leurs films réciproques en Europe. Douglas Fairbanks, petite bibliothèque sous le bras est à la recherche d’un rôle ou plutôt d’un personnage. Ce héros, sera celui de Johnston McCulley où l’homme masqué apparaît pour la première fois dans le roman Le Fléau de Capistrano (1919) qui sera rebaptisé, en 1924, Le Masque de Zorro, reprenant ainsi le titre du film de Fairbanks (sorti en 1920) qui cassa la baraque. Zorro est né avec le cinéma et le 7e Art l’adopta dans la foulée. Zorro est comme son copain du haut Moyen Âge Robin des Bois (dont Douglas Fairbanks endossa la panoplie en 1922) un résistant à l’oppresseur. Chacun à sa façon mais avec le même but. Faire déguerpir les usurpateurs et autres despotes. Zorro a rapidement trouvé ses lettres de noblesse au cinéma (une soixantaine d’adaptations) et ensuite à la télévision avec notamment la série culte produite par Walt Disney, entre 1957 et 1961, au générique mille fois connu « Un cavalier qui surgit hors de la nuit/Court vers l’aventure au galop/Son nom, il le signe à la pointe de l’épée/D’un Z qui veut dire Zorro… » Et oui ! Qui aurait cru à un tel succès alors que le vengeur masqué apparaît pour la première fois, le 9 août 1919, dans All-Story Weekly – un pulp magazine, petit support bon marché. Il aurait pu, comme nombre de héros, vivre sa vie paisible à l’ombre de son éditeur. Mais voilà, la créature de Johnston McCulley était un personnage de fiction hors norme, idéaliste et romanesque en diable. Si dès la première aventure le nom de l’homme masqué est dévoilé, Don Alejandro de la Vega, dans les suites et autres adaptations, les spectateurs joueront le rôle de l’étonnement en découvrant celui qui signe d’un « Z ». C’est aussi le jeu entretenu par la série de Walt Disney où le mystère de l’identité constitue un secret de polichinelle pour les téléspectateurs. Seul, le père du héros découvrira dans un épisode assez tardif le rôle réel de son fils. Quand à Bernardo, le serviteur, bien plus qu’un domestique il est les yeux et les oreilles du justicier (il n’est pas plus sourd que vous et moi). Faut-il parler du souffre-douleur de Zorro ? Le pauvre sergent Garcia qui complète à merveille la galerie. Ne pas croire le sergent plus idiot qu’il en à l’air. Le type n’est pas dupe et le jeu entre Don Alejandro de la Vega et le brave sergent se vit dans une complicité inconsciente. Les méchants sont tous logés à la même enseigne, à savoir une organisation (La Plume d’aigle) qui fomente un coup d’état militaire pour imposer une dictature en Californie alors espagnole (1769-1821). Sur la soixantaine de films répertoriés, il y a quelques perles qu’il ne faudrait pas rater comme A la manière de Zorro (1926) pastiche introuvable aujourd’hui, en 1939 Zorro et ses légionnaires films à épisodes (12), mais retenons surtout les nanars des années 60 avec l’improbable Zorro et les trois mousquetaires (1963), Maciste contre Zorro, la même année, Zorro Marquis de Navarre (1969), Les Chevauchées galantes de ZorroLa Grande Zorro (1981). A bien chercher, on peut en trouver d’autre… Johnston McCulley dévoila peu avant sa mort, en 1958, année du succès de la première saison de Zorro avec dans le rôle titre Guy Williams, les ingrédients de la construction de son personnage. Plusieurs lignes de force dont le Mouron rouge, personnage de justicier anglais sous la Révolution française, créé par la baronne Emma Orczy et Joaquin Murietta en 1903 et un contrebandier irlandais, William Lamport (1611–1659), qui marquait ses victimes d’un Z. Tout est dit, enfin presque, sur ce personnage qui a cent ans cette année, et qui n’en finit pas de jongler avec notre imaginaire de spectateurs à l’héroïsme limité, attendant un signe pour croire qu’un monde sans despote est possible. A noter dans le Dictionnaire du Western de Claude Aziza (édition Vendémiaire) à la lettre Z, il n’y a qu’un nom, Zorro, qui remplit à lui seul quatre pages. Encore un signe ?