Mingus Erectus

Il faut avoir l’écoute pour faire un film poème. Comprenez ouvrir le livre/disque que Noël Balen a consacré au jazzman Charles Mingus (éditions Castor Astral). Il faut de l’écoute pour, qu’entre les mots, résonnent les premiers plans du film d’Amaury Voslion. Le cinéma est ainsi fait que le verbe peut être image et le plan, un verset.  L’aventure visuelle que nous propose le réalisateur est un voyage beat ! Un road movie que la caméra, complice des musiciens et interprètes, nous invite  à suivre. On peut penser à Kerouac mais pas seulement. La caméra fait corps avec les instruments. Complices d’un Michel Jonasz, d’un Dominique Pinon, d’un Michel Portal et des invités qui poussent la porte. Une proximité amicale qui permet de respirer la musique.
Le pari n’était pas forcement gagné lorsque Amaury Voslion débarque, matériel au poing pour la première séance de tournage. L’idée est bonne, conserver une trace des enregistrements. Elle devient d’autant plus plaisante qu’au fur et à mesure le film prend corps et rapidement Amaury Voslion sait !  Ce qu’il a entre les mains mérite autre chose qu’un archivage. Il change alors sa caméra d’épaule et s’incruste intimement. Caméra stylo, verbe en image. Ponctuation lumineuse, travelling pictural. Amaury Voslion offre au noir et blanc la couleur du jazz.  Film jazzy, film libre. Il s’inscrit dans la rareté de ces œuvres underground qui ponctuent l’insolence artistique chère à Andy Warhol. Laissez-vous guider. Le cinéma est rarement aussi bien « interprété ».