Alice Guy-Blaché

La danse serpentine par Lina Esbrard. Réalisation Alice-Guy Blaché (1902)

Madame a des envies. Réalisation Alice-Guy Blaché (1906)

Alice est née le 1er juillet 1873, année où Adolphe Thiers appelle l’Assemblée à voter d’une façon définitive la constitution de la Républicaine française. Constitution qui devrait donner les mêmes droits aux femmes et aux hommes. Que nenni ! C’est aussi l’année où la photographie devient autonome. Malgré le matériel encombrant et lourd, on pouvait commencer à immortaliser la frimousse des enfants. C’est également les premiers essais de l’image en mouvement. Le cinématographe titille déjà les scientifiques et chercheurs. Alice Guy naît donc avec l’image comme marraine. Elle deviendra réalisatrice. Première femme à diriger et à mettre en scène devant une caméra. Première femme à réaliser un film fantastique. Nous sommes en 1896, un an après la naissance officielle du cinéma. Le film s’intitule La Fée au choux. Cette jeune femme de 23 ans n’a pas seulement les idées des suffragettes, non ! Elle revendique son avenir et l’inscrit au générique. Entrée aux établissements Gaumont deux ans plutôt comme secrétaire, la voilà réalisatrice sous l’œil bienveillant de Gaumont. Femme libre et déterminée, ce qui ne l’empêchera pas de vivre un  amour intense avec Herbert Blaché, un opérateur issu de l’agence Gaumont de Londres, épousé en 1907.  Alice-Guy Blaché s’intéresse de près aux bouleversements techniques de la photographie. Assidue aux cours de Frédéric Dellaye, un photographe avant-gardiste, elle apprend le développement des plaques photographiques, l’utilisation des différents matériels de laboratoire et le trucage photographique. Elle suit également les expériences de Wilhelm Röntgen concernant les photographies par rayon X. Un héritage multiple qu’elle mettra à profit dans ses films. Le succès de ses bandes décide Léon Gaumont à lui confier la direction d’un service spécialisé dans les vues animées de fiction. Alice Guy embauchera Ferdinand Zecca et Louis Feuillade comme réalisateurs. En 1910, elle devient la première femme à créer une société de production de films, la Solax Film, durant sa période américaine, et ce l’année de la naissance d’Hollywood.
Alice Guy réalisera plusieurs centaines de films courts abordant aussi bien des thèmes qui lui tiennent particulièrement à cœur, comme Les Résultats du féminisme, dans lequel hommes et femmes échangent leurs rôles. Une femme collante et Madame a des envies mettent en avant avec ironie, les clichés sur le désir féminin.
L’aventure américaine se fera sous le signe de « Be Natural » (soyez naturels !). Elle tourne des mélodrames Les Feuilles chéant, (1912), des westerns, Greater Love Hath no Man  (1911), plusieurs films sur la guerre civile dont For the Love of the Flag (1912). Elle s’intéresse aux problèmes ethniques : Across the Mexican Line (1911), A Man is a Man (1912). Lorsque ses acteurs blancs refusent d’apparaître à l’écran avec des acteurs noirs, elle réalise A Fool and His Money (1912) qui est le premier film joué uniquement par des acteurs afro-américains.  En 1914, Alice tourne The Lure, un film perdu, qui évoque la traite des blanches, en 1916. Sept films suivront dont Ocean Waif, et The Empress, une histoire de chantage. Alice Guy s’entoure d’une troupe régulière : Olga Petrova, Bessie Love, Blanche Cornwall et son partenaire Darwin Karr, Vinnie Burns, ainsi que Claire Whitney, Doris Kenyon, Lee Beggs, Mace Greenleaf, Marion Swayne, et Billy Quirk. Le cinéma, devenu une industrie, migre définitivement à Hollywood, sonnant l’arrêt progressive des  indépendants. Les studios d’Alice-Guy Blaché sont vendus pour apurer les dettes dues à la mauvaise gestion d’Herbert Blaché. Divorcée et ruinée, Elle décide en 1922, à l’âge de 50 ans, de rentrer en France avec ses deux enfants, chez sa sœur qui l’héberge à Nice. En 1927, elle retourne aux États-Unis pour récupérer ses films. Retour infructueux : elle ne parviendra qu’à en sauver trois. Elle écrira également des contes pour enfants sous le pseudonyme de Guy Alix. Sa notoriété lui permet également de sillonner les universités pour des conférences sur le cinéma.
En 1957, à l’initiative de Louis Gaumont, le fils de Léon Gaumont, elle reçoit un hommage de la Cinémathèque française. En 1963, alors âgée de 90 ans, Victor Bachy l’interviewe et publie sa biographie. Elle meurt en 1968 aux États-Unis, à l’âge de 94 ans, sans avoir pu rassembler les films de sa carrière ni faire publier ses mémoires. Ces dernières paraîtront seulement en 1976.