La mémoire ensevelie

Cinema sometimes crystallizes in the quicksand of history. Buried in the legendary twists and turns of the 7th Art. Thus, there are films which freeze time while others evaporate from the first projection. Without legends, cinema would not exist. Somehow an archaeologist’s fact. Exhume what the camera recorded. The work of Alessandro Mercuri, HOLYHOOD (art & fiction editions) immerses us in a unique fact buried under the sand of the beaches of Guadalupe a hundred kilometers north of Hollywood. Enough space to accommodate, in 1923, the monumental film by Cecil B. DeMille, The Ten Commandments (1) with its thousands of extras arriving from Los Angeles central station, its hundreds of workers reconstructing a gigantic Egyptian city. That of Ramses ll. Fashion is for Egyptophily and its fascination due to the discovery, in 1922, of the tomb of Tutankhamun. Chance is a God that we too often forget to honor. Unless it is the alignment of the planets predicted by the priestesses of the temple of Isis? Whatever. The facts are there! A concordance of times, between historical discovery and reconstructed likelihood. An uneven struggle. The imagination is in charge and the special effects do enough miracles for the real inexplicable. Cecil B. DeMille is a magician and, like any conjurer, he will keep secret (even today it is not known how he proceeded) the successive tricks of the waters of the Red Sea withdrawing before Moses and his people.
Alessandro Mercuri’s work is an explorer’s tale. And as in any initiatory journey, astonishment lodges itself at the corner of each page that many footnotes enrich with their details. So the Californian land built its legend long before it became American in 1850 with the gold rush that followed. But it was Hollywood, which was born in 1907, which offered its backdrop to the state. First monument, Griffith’s Intolerance (1916) with a gigantic Babylon. Whose decor for many years will overlook the capital of the 7th Art. But it is The Ten Commandments that will attract attention. A legend as will become Gone with the Wind, with an indefinable plus. That of a buried city. And yes, the author’s route guides our steps to this beach in Guadalupe where, in 2017, “archaeological” excavations were organized, with the excavation of a sphinx dating from 1923. Elements of the Ten Commandments. The frenzy is there: removing from the sand the remains of a forgotten setting with the same precise gestures as any archaeologist on Egyptian soil. The attentive care to dust the pieces found from the sand, the emotion, the care with which they are handled. We forget that we are only faced with a decorative element. It does not matter at the bottom of the accuracy of the parts! It is something else. The author’s feelings can be read. We are faced with a unique fact. That of the material existence of a film. The decor becomes archaeological language. It is this physical proof of the making of a film. His memory comes out of it. We are no longer in the restoration of a work but in the pre-filming. A way of materially touching the work. What remains of the King Kong wall? Nautilus, Kwai River Bridge … the list goes on. HOLYHOOD is an adventure that crosses cinematic time by juxtaposing anecdotes and facts. A rewinding of time and its traces … We think of the last shot of The Planet of the Apes (1969 version). What has become of the half-buried Statue of Liberty? What will archaeologists think in a thousand years when they discover buried in the sand of Guadalupe beach, the remains of a majestic sphinx?

(1) The second version dates from 1956. With Charlton Heston and Yul Brynner.

Le cinéma se cristallise parfois dans les sables mouvants de l’histoire.  Enfouie dans les méandres légendaires du 7e Art. Ainsi, il y a des films qui figent le temps alors que d’autres s’évaporent dès la première projection. Sans légendes, le cinéma n’existerait pas. Un fait d’archéologue en quelque sorte. Exhumer ce qu’a enregistré la caméra. L’ouvrage d’Alessandro Mercuri, HOLYHOOD (éditions art&fiction) nous plonge dans un fait unique enfoui sous le sable des plages de Guadalupe à une centaine de kilomètres au nord d’Hollywood. Espace suffisamment immense pour accueillir, en 1923, le monumental film de Cecil B. DeMille, Les Dix Commandements (1) avec ses milliers de figurants arrivant de la gare centrale de Los Angeles, ses centaines d’ouvriers reconstruisant une gigantesque cité égyptienne. Celle de Ramsès ll. La mode est à l’égyptophilie et à sa fascination dues à  la découverte, en 1922, du tombeau de Toutânkhamon. Le hasard est un Dieu que l’on oublie trop souvent d’honorer. A moins qu’il s’agisse de l’alignement des planètes prédit par les prêtresses du temple d’Isis ? Peu importe. Les faits sont là ! Une concordance des temps, entre la découverte historique et une vraisemblance reconstituée. Une lutte inégale. L’imaginaire est aux manettes et les effets spéciaux font suffisamment de miracles pour l’inexplicable réel. Cecil B. DeMille est un magicien et, comme tout prestidigitateur, il gardera secret (aujourd’hui encore on ignore comment il a procédé ) les trucages successifs des eaux de la mer Rouge se retirant devant Moise et son peuple.
L’ouvrage d’Alessandro Mercuri est un récit d’explorateur. Et comme dans tout voyage initiatique, l’étonnement se loge au coin de chaque page que de nombreuses notes de bas de page enrichissent de leurs précisions. Ainsi donc, la terre californienne a construit sa légende bien avant qu’elle ne devienne américaine en 1850 avec la ruée vers l’or qui s’en suivra. Mais c’est Hollywood, qui verra le jour en 1907, qui offrira son écrin à l’État. Premier monument, Intolérance (1916) de Griffith avec une Babylone gigantesque. Dont le décor pendant un grand nombre d’années surplombera la capitale du 7e Art. Mais c’est bien Les Dix Commandements qui retiendra l’attention. Une légende comme le deviendra Autant en emporte le vent, avec un plus indéfinissable. Celle d’une cité enfouie. Et oui, l’itinéraire de l’auteur guide nos pas jusqu’à cette plage de Guadalupe où, en 2017, des fouilles “archéologiques” étaient organisées, avec l’excavation d’un sphinx datant de 1923. Éléments des Dix Commandements. La frénésie est là : retirer du sable les vestiges d’un décor oublié avec les mêmes gestes précis que n’importe quel archéologue en terre égyptienne. Le souci attentionné à dépoussiérer du sable les pièces trouvées, l’émotion, la précaution avec laquelle on les manipule. On en oublie que l’on est seulement face à un élément de décor. Peu importe au fond de l’exactitude des pièces ! Il s’agit bien d’autre chose. Le ressenti de l’auteur se lit. Nous sommes devant un fait unique. Celui de l’existence matérielle d’un film. Le décor devient langage archéologique. Il est cette preuve matérielle de la fabrication d’un film. Sa mémoire en sorte.  Nous ne sommes plus dans la restauration d’une œuvre mais dans l’avant-filmage. Une manière de toucher matériellement l’œuvre. Que reste-il de la muraille de King Kong ? Du Nautilus, du pont de la rivière Kwai… la liste est longue. HOLYHOOD est une aventure qui traverse le temps cinématographique en juxtaposant les anecdotes et les faits. Un rembobinage du temps et de ses traces… On pense au dernier plan de La Planète des singes (version 1969). Qu’est devenu la statue de la Liberté à demi enfouie ? Que penseront, dans mille ans, les archéologues en découvrant ensevelis dans le sable de la plage de Guadalupe, les restes d’un sphinx majestueux ? 

(1) La seconde version date de 1956. Avec Charlton Heston et Yul Brynner.