La part de l’ombre…

photo DR : Jo Nesbø

C’est presque les fêtes de fin d’année. Mais nous n’y sommes pas encore… Jo Nesbø ouvre la voie. Sorti en août dernier, mois d’Auguste, le roman vogue au présent. On nous offre un ouvrage, peut-être un trou noir ? Couleur anthracite ? Autre : rouge sang pour l’exemple. Mais la couleur n’est pas ici déterminée, tant nous savons qu’il y a un double « je » dans la narration. Le Couteau est un roman à lire « cinématographiquement ». Laissez-vous aller au rythme du flux des mots.  Lecteur, vous voilà happé par la marée, dans les profondeurs désespérées d’un personnage, qui, pourtant, retrouve les sunlight de la scène. Le dernier roman de Jo Nesbø remet en selle son personnage fétiche, l’inspecteur Harry Hole. L’entêté ! Il rêve d’alpaguer à nouveau Svein Finne, le violeur en série qui s’était volatilisé. Mais là s’arrête brusquement sa quête lorsque complètement ivre, les mains ensanglantées, il se retrouve auprès du corps de sa femme morte. La tragédie du doute frappe les trois coups. Celui du présumé coupable. Ainsi chacun vit accroché à son ombre, en plein soleil, en pleine déprime, dans l’impossibilité de vouloir perdre ses convictions. L’ancrage mental est là ! Épinglé dans le doute. On ne l’apprivoise pas, ou si peu. L’ombre est l’affaire du psychanalyste Carl Gustav Jung. Sans en être question directement, le roman de Jo Nesbø y participe avec l’interrogation. Une recherche d’auteur ! Peut-être ? Un questionnement qui pour une grande partie de l’ouvrage reste sans réponse. Mais les traces littéraires sont là. Présentes, à suivre. Le lecteur met alors ses pas dans les empreintes d’Harry Hole. Complicité. Il accompagne le personnage dans les méandres d’un marécage savamment étudié par l’auteur. Jubile-t-il Jo Nesbø de nous plonger dans l’imprécision ? Le doute transpire tout au long du roman. Cette face sombre, oubliée. Cette face B d’un disque que l’on écoute rarement et qui cache quelques pépites. La collection de disques du héros est là pour nous surprendre. A vous lecteur, de retrouver dans vos vinyles quelques standards énumérés. Le choix de la discothèque n’est pas sans rappeler un film d’ Hitchcock avec une certaine clé cachée sous le tapis d’un escalier. Nous n’en dirons pas plus. L’écriture de Jo Nesbø
est un marécage littéraire. Nous nous enfonçons toujours un peu plus, à chaque fois qu’un indice se dérobe sous nos pieds.  Le sol de l’enquête est mouvant, d’autres diraient « casse-gueule ». La détermination de savoir nous accompagne. Compagnon amical, mais aussi et sûrement ce sentiment qui colle au fil des pages, inscrivant le doute dans nos têtes. Machiavélisme de l’auteur. Il s’en réjouit de sa manipulation verbale. Il a beau être ce personnage dont on attendait le retour, mais Harry Hole semble avoir la poisse d’un loser. L’étau se referme après chaque chapitre, avec l’oppressante sensation de ne pouvoir y échapper. Respirer ! Mais non, l’asphyxie  vous gagne. Notre personnage, nous l’accompagnons, collé à ses basques. Et oui, le roman vous tient à la gorge et rien n’y fait, vous ne pouvez pas le mettre de coté, vous dire demain sera un autre chapitre ! Non. Ce n’est pas possible. A chaque page tournée, les sables mouvants vous enfoncent un peu plus : indice, témoin, coupable potentiel s’estompent un peu plus, laissant le héros comme seul coupable fiable. Le doute bienveillant, interrogatif.  On pourrait mettre de côté cette macabre lapidation du héros, s’arrêter sur sa discothèque, sortir un ou deux vinyles et se poser en écoutant The Ramones ou l’immense Hank Williams. Mais cela ne serait pas satisfaisant lorsque l’on connaît le dénouement et l’importance que revêt pour Jo Nesbø son immense collection de disques. Le roman se faufile entre les morceaux comme autant de battements de cœur. Le dernier opus est là entre vos mains.