L’âge de Maigret ?

La représentation idéalisée du commissaire. Selon Georges Simenon, le jeu, la silhouette de Jean Gabin était celle qui se rapprochait le plus de Jules Maigret.

Bande annonce de Maigret tend un piège (1958). Réalisation Jean Delannoy

The idealized representation of the Commissioner. According to Georges Simenon, the game, the silhouette of Jean Gabin was the closest to Jules Maigret.

Trailer of Maigret sets a trap (1958). Realization Jean Delannoy

 

Quelques portraits de comédiens qui ont prêté leurs silhouettes au célèbre commissaires… Essayez de les reconnaitre…

Si on est dans la 91e année de la naissance de Maigret ( Pietr le-Letton étant le premier roman de Georges Simenon, et le premier où apparaît Jules Maigret) on est en droit, après 75 romans, 28 nouvelles, plusieurs dizaines de films et encore plus concernant la télévision, de se poser une question. Quel âge a-t-il, ce personnage qui a partagé notre vie de spectateurs ? Avec qui, au fil des pages, nous sommes devenus, sinon amis, du moins voisins de palier au 132, boulevard Richard-Lenoir, avec qui nous avons partagé la blanquette de veau, levé le coude pour boire un petit vin blanc au zinc de la brasserie Dauphine ou de la Chope du Pont-Neuf. Sans oublier la bière qui accompagnait ces sandwichs au jambon que l’on montait rapidement au bureau pour une nuit d’interrogatoire. Nous savions qu’il n’était pas contre un petit alcool, rappelant les origines alsaciennes de sa femme, lors de ses rendez-vous mensuels avec son ami le docteur Pardon.  Combien de fois dans les écrit de Simenon avons-nous suivi les silences de sa femme Louise, vu leurs regards s’attarder dans un jardin d’enfant. N’ont-ils pas perdue une fille très jeune !  Trace invisible qui semble les unir au-delà de leurs habitudes. Les mondes de Maigret sont les nôtres. Meung-sur-Loire : cette maison rêvée que le commissaire, fatigué, rejoindra plus tôt que prévu, refusant sereinement le poste de patron de la PJ. Au-delà du dernier cercle, on entrerait en politique. Tout ce que cet humaniste refuse.  Au fil des romans, par petites touches Simenon nous intègre à l’univers du policier. D’œuvre en œuvre, on devient pièce de ce puzzle qui offre, par une écriture simple -mais très travaillée- au mot toujours le plus juste, cet univers palpable qui nous pousse dès la première page, à nous engouffrer dans la lecture. Une clarté du récit qui ne pouvait pas échapper au cinéma. Jules Maigret a la représentation cinématographique significative. Comme Charlot, il possède une silhouette reconnaissable entre mille. Son ombre lourde contre un mur, sa pipe… Une corpulence de bon vivant traduisant cette nonchalance intellectuelle (qui n’est pas un défaut) et la précision avec laquelle il gère ses doutes. ” Dans tous les cas, il s’agit de connaître. Connaître le milieu où le crime est commis, connaître le genre de vie, les habitudes, les mœurs, les réactions des gens qui y sont mêlés, victimes, coupables ou simples témoins. Entrer dans leur monde sans étonnement, de plain-pied et en parler naturellement le langage. […] N’en déplaise aux auteurs de romans, le policier est avant tout un fonctionnaire”, souligne le commissaire dans le roman Les Mémoires de Maigret. Cette fausse lenteur, le cinéma en fera son atout avec plus ou moins de bonheur.  Filmer les visages de Maigret. Simenon sait reconnaître les siens : “L’incarnation idéale du commissaire Maigret restera son premier interprète, Pierre Renoir.” Il n’en dira pas de même pour Albert Préjian qui endossera trois fois le lourd manteau du commissaire sous l’Occupation. Films produits par la Continental-Films créée par Joseph Goebbels. Il aimera l’unique prestation de Michel Simon. Il gardera pour Jean Gabin cette affection toute particulière teintée d’une pointe de jalousie ” Gabin a fait un travail hallucinant. Ça me gêne du reste un peu, parce que je ne vais plus pouvoir voir Maigret que sous les traits de Gabin “.
Le 7e Art est une affaire d’atmosphère. L’adaptation des romans de Georges Simenon, quelque soit l’intérêt que l’on y porte, est devenue une école cinématographique. Une référence conjointe entre un auteur et la vision filmique d’un réalisateur. Mais au fait, quel âge a le commissaire ? Il est intéressant de se poser cette question et de ce demander si les héros vieillissent aux mêmes rythmes que nous autres humains ? Selon Simenon, Jules Maigret aurait vieilli de cinq ans depuis le premier roman (1929) et celui où il tire sa révérence en 1972, Maigret et le marchand de vin. Largement suffisant, semble-t-il, pour offrir à ces cinq années la maturité et la réflexion qui font du policier un citoyen comme vous et moi, moyen et réfléchi.  
En 2019 (le temps passe) , à l’occasion du 90e anniversaire du commissaire Maigret,  les éditions Omnibus on publié la collection Tout Maigret,  un ensemble de 75 romans en dix volumes.

If we are in the 91st year of Maigret’s birth (Pietr le-Letton being the first novel by Georges Simenon, and the first in which Jules Maigret appears) we are entitled, after 75 novels, 28 short stories, several dozen films and even more about television, to ask a question. How old is this character who shared our life as spectators? With whom, over the pages, we became, if not friends, at least neighbors of landing at 132, boulevard Richard-Lenoir, with whom we shared the blanquette of veal, raised our elbow to drink a small white wine with zinc from the Dauphine brewery or the Chope du Pont-Neuf. Not to mention the beer that accompanied these ham sandwiches that were quickly brought to the office for a night of interrogation. We knew that he was not against a small alcohol, recalling the Alsatian origins of his wife, during his monthly meetings with his friend Doctor Pardon. How many times in Simenon’s writings have we followed the silences of his wife Louise, seeing their looks linger in a kindergarten. Have they not lost a very young girl! Invisible trace which seems to unite them beyond their habits. Maigret’s worlds are ours. Meung-sur-Loire: this dream house that the tired commissioner will join sooner than expected, calmly refusing the post of boss of the PJ. Beyond the last circle, we would enter politics. Everything this humanist refuses. Throughout the novels, by small touches Simenon integrates us into the world of the police. From work to work, we become part of this puzzle which offers, by a simple writing – but very worked – with the word always the most correct, this palpable universe which pushes us from the first page, to engulf us in reading. A clarity of narrative that could not escape the cinema. Jules Maigret has significant cinematic representation. Like Charlot, he has a recognizable silhouette between a thousand. His heavy shadow against a wall, his pipe … A corpulence of bon vivant reflecting this intellectual nonchalance (which is not a defect) and the precision with which he manages his doubts. “In all cases, it is a question of knowing. Knowing the environment where the crime is committed, knowing the way of life, the habits, the customs, the reactions of the people who are involved, victims, guilty or simple witnesses. Enter their world without surprise, on one level and speak its language naturally. […] No offense to the authors of novels, the police officer is above all a civil servant “, underlines the commissioner in the novel Les Mémoires de Maigret. This false slowness, cinema will make its asset with more or less happiness. Film the faces of Maigret. Simenon knows how to recognize his own: “The ideal embodiment of Commissioner Maigret will remain his first interpreter, Pierre Renoir.” He will not say the same for Albert Préjian who will don three times the heavy coat of the commissioner under the Occupation. Films produced by Continental-Films created by Joseph Goebbels. He will love the unique performance of Michel Simon. He will keep for Jean Gabin this very special affection tinged with a hint of jealousy “Gabin has done an incredible job. It bothers me a bit, because I will only be able to see Maigret in the guise of Gabin”.
The 7th Art is a matter of atmosphere. The adaptation of Georges Simenon’s novels, whatever interest we have in them, has become a film school. A joint reference between an author and the film vision of a director. But by the way, how old is the commissioner? It is interesting to ask this question and ask whether the heroes age at the same rates as we humans do? According to Simenon, Jules Maigret would have aged five years since the first novel (1929) and the one in which he bowed in 1972, Maigret and the wine merchant. Amply sufficient, it seems, to offer these five years the maturity and the reflection that make the police a citizen like you and me, average and thoughtful.
In 2019 (time flies), on the 90th anniversary of curator Maigret, Omnibus editions published the Tout Maigret collection, a collection of 75 novels in ten volumes.