le sang de l’arène

Balle au pied, Budd Boetticher alors jeune joueur de football américain a déjà une belle carrière derrière lui lorsqu’un accident lui impose repos et réflexion. Sa convalescence se fera au Mexique où il raccrochera définitivement ses crampons pour entrer dans l’arène. Une découverte va chambouler le reste de sa vie : la corrida. C’en est décidé après sa rencontre avec le grand matador Lorenzo Garza dont il devient l’élève. Il finira sa formation avec Fermin Espinosa, le disciple de Garza. Les arènes ne quitteront plus Budd, jusque dans le sang. Il deviendra torero professionnel. La carrure est là ! L’avenir doit s’écrire sur le parterre cendré des arènes. Ses compétences reconnues, il est remarqué par des types d’Hollywood qui lui permettront de mettre un pied à l’étrier dans le cinéma en devenant conseiller technique du film Arènes sanglantes (1941) de Rouben Mamoulian, un remake du film de 1922 dans lequel jouait Rodolph Valentino. Le sportif n’oubliera pas de jouer des coudes pour éviter les embûches. Il sait se battre et marquera des points. Il accrochera un job d’assistant réalisateur sur une dizaine de films avant de prendre ses galons de réalisateur chez Columbia. La Dame et le Toréador (1951) nominé aux Oscars le fera sortir de l’ornière en lui ouvrant les portes d’Universal. Neuf films d’une facture indolore suivront et une rencontre : John Wayne qui termine La Prisonnière du désert. Ils sympathisent et, via la société de production du Duke, il réalise Sept hommes à abattre avec Randolph Scott. Acteur dont Budd Boetticher a fait connaissance sur Les Desperados et avec qui il partagera l’affiche de sept longs métrages. La machine est en marche. Malgré des budgets confortables lui permettant d’engager Glenn Ford, Audie Murphy, Robert Ryan et d’autres célébrités, ses films resteront bloquer au compteur des séries B. Mais Budd Boetticher n’est pas homme à se laisser enfermer par les lois des studios. Il claque la porte. Son indépendance proclamée l’entraîne à sortir des sentiers battus. Il crée sa société de production pour enfin réaliser un film sur Carlos Arruza, une grande figure de la tauromachie. Le long métrage qui doit être celui de toute une vie. On abandonne pas le centre des arènes comme ça  ! Il va filmer 18 corridas. Une source d’images suffisamment importante pour nourrir sa fictIon. Un film qui le ruinera. Face à ses désaccords avec les producteurs mexicains, sa relation tumultueuse avec l’actrice Elsa Cardenas qui débouchera sur un scandale, les investisseurs retirent leurs financements laissant Budd Boetticher dans l’impossibilité de rembourser. Il lui faudra l’aide de son ami, le réalisateur John Sturges pour éponger ses dettes. Le film maléfique se terminera en 1968 et sortira en salle en 1971 dans l’indifférence générale. Hollywood a changé et Budd Boetticher a vieilli. Il ne remettra plus les pieds dans un studio. Universal achètera son dernier scénario mais l’évincera de la réalisation au profit de Don Siegel. Le film Sierra Torride avec Shirley Mac Laine et Clint Eastwood brillera sur les frontons des cinémas. Clap de fin d’un réalisateur que l’on a cantonné dans des films à petits budgets et qui avait comme seule passion les taureaux. Il finira sa vie comme éleveur de chevaux portugais. Une solitude cinématographique rappelant le personnage incarné par Randolph Scott. A l’Ouest, les héros ne meurent jamais tout à fait. Budd Boetticher fait partie de cette race.

Filmographie de BUDD BOETTICHER (films signés sous son nom)

1952 : Le Traître du Texas (Horizons West)
1953 : La Cité sous la mer (City Beneath the Sea)
1953 : L’Expédition du Fort King (Seminole)
1953 : Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo)
1953 : Révolte au Mexique (Wings of the Hawk)
1953 : À l’est de Sumatra (East of Sumatra)
1955 : Le Brave et la Belle (The Magnificent Matador)
1956 : Le tueur s’est évadé (The Killer is loose)
1956 : Sept Hommes à abattre (Seven Men from now)
1957 : L’Homme de l’Arizona (The Tall T)
1957 : Le vengeur agit au crépuscule (Decision at Sundown)
1958 : L’Aventurier du Texas (Buchanan rides alone)
1959 : Le Courrier de l’or (Westbound)
1959 : La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome)
1960 : La Chute d’un caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond)
1960 : Comanche Station
1969 : Qui Tire le premier ? (A Time for Dying)
1972 : Arruza