Le sang de Venise

Que serait le monde sans Venise ? Que serait le roman historique sans les méandres complotistes de la Sérénissime ? Peut-être un polar manqué  ? Un battement de cœur en apnée. Un manque, comme un coup de gomme sur la carte de l’Histoire. Le crime et la politique font pourtant bon ménage. Un trouble pas de deux, sans lequel, reconnaissons-le,  notre monde serait bien fade. Une source inépuisable dans laquelle puise l’imaginaire fertile de Robert de Laroche. Le Maitre des Esprits est le second roman vénitien de l’auteur qui n’est pas le premier venu en terre littéraire : plus de soixante ouvrages au compteur dont Chats de Venise (1991- Édition La Renaissance du livre). Dans cette nouvelle aventures de ses trois protagonistes (relire La vestale de Venise pour se remettre dans l’ambiance), Flavio Foscarini, noble et curieux, son épouse Assin originaire du Moyen-Orient et Gasparo Gozzi, l’ami écrivain, Robert de Laroche trempe sa plume dans le vitriol pour décrire une Venise dans le chaos. Nous sommes à quelques semaines de la fête de la Salute quand la terre se met à trembler, que des incendies éclatent et qu’un cimetière ouvre ses entrailles. Cercueils et cadavres flottent dans la lagune. Un signe du ciel ? La République vacille. La fin du monde s’installe dans le regard paniqué des Vénitiens. Même le Palais des Doges n’est plus à l’abri. D’autant plus que venant de France le venin serpente, Madame d’Urfé, alchimiste et cabaliste, femme sulfureuse aux pouvoirs qui se veulent infinis. L’occultisme pour tout remède ? Elle fera venir de Prague un mage qui prétend mettre son pouvoir au service de la Sérénissime. Le prédicateur fuit-il sa ville devant l’avancée de l’armée de Louis XV ?  Nous sommes en 1741 et Paris retient son souffle, la capitale est en proie à une crue sans précédent de la Seine. Paris ou Venise, on ne choisit pas sa catastrophe climatique. Le doigt divin qui fait vaciller les pouvoirs appuie là où il faut. Et les hommes, fussent-ils de haut rang s’en remettent à la magie. Laissons Paris pour sauver Venise. Un travail d’enquête qui revient à Flavio, Assin et Gaspero. Robert de Laroche, en compagnie de ses personnages sur le qui-vive, nous propose de croiser un personnage singulier, la pastelliste Rosalba Carriera qui lança en France la mode du pastel. Au fil des pages, l’auteur nous invite ainsi à faire connaissance avec d’étonnantes personnalités.
Ils ne sont pas de trop, les trois héros pour défier les prétentions cabalistiques de Madame d’Urfé et du mage qui l’accompagne. Ont-ils le pouvoir réel de sauver Venise ? Comme cela semble simple pauvres mortels lorsque nous n’avons pas les clés ! Imaginons un instant qu’il s’agisse d’autre chose, de plus souterrain. Une énigme à la hauteur des trois cents pages que nous offre à dévorer Robert de Laroche. Peurs, suspicions, morts… Nous sommes en 1741, avec le décès de Vivaldi et du premier grand voyage de Casanova. L’inscription dans nos mémoires de l’année en question a son importance ! Le roman que vous aurez entre les mains n’est pas seulement un policier historique. C’est un voyage dans le temps.  Le piment est là, il brûle la gorge. L’auteur connaît Venise comme sa poche, et malin comme un personnage d’Angelo Beolco, il préfère nous faire partager son histoire de Venise plutôt que de noircir des pages pour guides touristiques. Son propos : enjoliver la flamboyance d’une Venise sur le déclin et garder la tradition feuilletonesque du roman. Le voyage peut commencer.