les écrans oubliés

La nouvelle est tombée. C’est le 22 juin que les cinémas vont ré-ouvrir. Soyons-en persuadé, la pandémie mettra à genoux, si nous n’y prenons garde, nombre de salles de spectacles et pas seulement de cinéma. Sortir de deux mois de confinement, même si nous ne sautons pas de joie comme des cabris, laissera des traces dans notre façon d’aborder le 7e Art. N’y aura-t-il pas une restructuration des réseaux de diffusion ? Des petites salles souvent municipales ou associatives, qui si elles ne ferment pas, deviendront multifonction en perdant leur âme sur l’hôtel de la pandémie? La tentation est grande pour certains de voir ces lieux se changer d’un coup de baguette magique (Harry Potter n’est jamais loin des promoteurs) en quelque sombre établissement chanté par le grand Schmoll. La dernière séance n’est pourtant pas pour demain.  Et le cinéma Paradiso n’a pas dit son dernier mot. Soyons réaliste :  pourquoi cela devrait-il être différent des autres industries en difficultés qui profitent du Covid 19 pour faire place nette dans leurs entreprises ? Combien de salles vont-elles fermer ? Cette réflexion nous mène à une autre question, plus tendancieuse. A l’époque du numérique, l’absence de salle nuit-elle au cinéma ? 
Au-delà du romantisme entretenu. De cette communion émotionnelle partagée comme un seul homme devant une image gigantesque, jusqu’à là impossible à  reproduire. Le  cinoche ne vient-il pas de retrouver dans le confinement ses racines originelles rappelant le kinétoscope d’Edison. L’individualisme de la consommation. Enfin pas tout à fait seul. Un cercle d’amis, quelques membres de la famille, réunis devant quelques gâteries (remplacez le pop corn par ce que vous voudrez). Le cinéma s’invite au-delà de la salle en s’affranchissant de la télévision. Le film devient autonome dans sa consommation. Ce n’est la première fois que l’objet essaie de se libérer du carcan de la cabine de projection. Il existe encore quelques traces des origines sur les brocantes. Ces films super 8 que l’on projetaient dans un cérémonial dont l’installation était presque aussi importante que la projection elle-même. Le magnétoscope cassa la magie par son efficacité. Le cinéma devenait vidéothèque. L’écran large se démocratisa et avec lui le DVD et le Blue Ray vinrent offrir une qualité d’image et de son inégalée. Le Covid 19 a précipité le processus en accélérant la vente en ligne. Le monde ne tourne plus tout à fait à 25 images/seconde. Un nouvel espace est né sur le mur du salon. Revoir les DVD oubliés à la cave sur un écran de plus de 3 mètres de base offrent à votre collection une nouvelle vision. Une envie cinématographique même si notre cœur reste en salle.
La pandémie a réorganisé en partie nos priorités. Même si, naturellement le fleuve retrouve toujours son lit. Il en reste quelque chose… Et cette trace indélébile est dans notre comportement. Notre rapport à l’image. Ce n’est pas l’industrie du film qui est en jeu, mais bien celle de la diffusion en salles. Même si le plaisir reste entier, n’allons-nous pas dans ce futur déjà proche (réouverture des salles le 22 juin) diversifier notre vision ?