Les vampires ont la dent dure

Blanches canines et vilains vampires….
Enfin pas que ! Les vampires se nourrissent du cinéma avec la volupté de ces gourmands jamais rassasiés. Il y a de la boulimie vengeresse dans la frayeur offerte. Trop heureux spectateurs qui retrouvent dès l’entrée de l’exposition Vampires de Dracula à Buffy ce couloir sombre cher à la Hammer. C’est pour mieux hanter vos souvenirs, chers visiteurs. Le corridor, sur les rails, ouvre le trajet du train fantôme de vos imaginaires les plus ténébreux. Frissonnez bonnes gens, votre sang se glacera comme il se doit. Le bonheur est là, avouez-le, sur le déroulement de l’exposition que l’on peut découvrir à la Cinémathèque française jusqu’au 20 janvier 2020. Dracula en hôte bienveillant (mais il n’est pas le seul compère à survivre de son art) vous souhaite l’éternité de la nuit en guise de bienvenue. Il saura extraire quelques gouttes de votre sérum de vie tout comme Matthieu Orléan et Florence Tissot, les commissaires de l’exposition. Loin d’être des princes des ténèbres, ils ont réussi à offrir au public ce frisson cinématographique parfois oublié. Ainsi va le 7e Art. De Dracula à Buffy (série à la télévision) la légende s’expose. Un parcours qui emprunte des voies parallèles : historique (le prince Vlad Tepes qui donna naissance au mythe bien avant le roman de Bram Stoker) et la fiction qui en “vampirise” les faits et ses attributs. Cinq sections à vous mettre sous la dent comme autant de chapitres à déguster. Vampires historiques ou quand la réalité dépasse la fiction pour mieux fabriquer la légende. Le romantisme s’invite dans la suite du parcours Vampires poétiques. Le 7e Art s’inscrit pleinement dans ce rapport ambigu de ses stars (la première d’entre elles étant Béla Lugosi) qui deviennent l’icône du mal en construisant un monde gothique chargé d’un érotisme latent. Dans les années 50, le cinéma de la Hammer en fera ses choux gras avec Christopher Lee. Tout le monde le sait, le vampire renaît de ses cendres et, parfois, là où l’on ne l’attend pas ; c’est le thème de la troisième section : Vampires politiques. La peur est là pour mieux comprendre nos angoisses. Bien au-delà de la  frayeur entretenue cinématographiquement, c’est bien du changement, de l’inconnu dont il s’agit, de notre résistance à l’autre (la SF cultive également cet affrontement). L’érotisme et l’ésotérisme sont un cocktail géré dans la quatrième partie de l’exposition. Vampires érotiques. L’érotisme larvé, sous-entendu les relations dominants(tes)/dominés(ées), l’acceptation du pouvoir de l’autre comme énergie de vie… La modernité et la complicité des jeux offrent, loin des vaporeuses scènes des années cinquante, une ambivalence sociale qui va bien au-delà du vampirisme. On dépoussière les rôles et le sexisme n’est qu’un lointain souvenir. Le vampire par sa modernité s’oppose aux valeurs bourgeoises tout en empruntant ses codes.  La dernière section est rock n’roll. Vampires pop. Le fantastique fait partie de la culture pop. D’ailleurs cette génération ne s’est-elle pas autoproclamée “Freaks” ! Les montres engendrés par l’ancien monde, vous savez ceux d’avant les années soixante. Un temps irréel où le chômage planait en dessous de 2 %. Un temps nostalgique. Héritage d’un film comme Some Call it Loving de James B. Harris : la culture pop convole avec aisance dans les ténèbres. Les nouveaux vampires sont à la recherche de leurs racines, de l’identité oubliée. N’est-ce pas le thème d’un grand nombre de séries à la télévision ? Bien loin du rôle de Dracula, nous voyons que cette nouvelle génération de vampires est jeune, en quête d’identité. Pas très à l’aise dans son héritage. Le mal d’une génération. Pas celle des années 70. Le vampire est aujourd’hui pétrit par le doute. Il reflète l’incertitude de notre société et de son devenir.
L’exposition est à voir et revoir jusqu’au 20 janvier 2020 Pour toute info complémentaire et particulièrement sur la riche programmation, cliquez sur le site www.cinematheque.fr.
C’est pas tout ça, mais je me reprendrais bien un petit verre de sang. Un B positif, s’il vous plait. A température.