MÉLIÈS en voix

Photo : Festival de Larochelle (DR)

Une maîtrise de philosophie et un mastère de réalisation documentaire à Evry (Essonne). Abraham Cohen travaille pendant huit ans pour l’association Périphérie puis intègre Vidéadoc. A son actif,  deux courts métrages et deux longs métrages documentaires. Il cofonde les séances du Réel inventé et intervient dans le cadre de formations à l’écriture et à la réalisation documentaire.

Il aura fallu du temps, du courage, du militantisme, de la persévérance pour aboutir à un film bilan. Il faut se rappeler de la lutte des employés du cinéma le Méliès (Montreuil) contre les calomnies de la maire de l’époque, Dominique Voynet, et la volonté farouche d’abandonner ce cinéma aux mains du quatrième propriétaire de salles en France.

L’aventure cinématographique n’est pas seulement affaire de fiction. D’une représentation imaginaire du bien contre le mal. Du pot de terre contre le pot de fer. La lutte est un battement de cœur. Avec beaucoup de tact, Abraham Cohen a su, pendant plus d’un an, promener sa caméra au cinéma Le Méliès à Montreuil (93). Plongée dans un conflit que l’on aurait pu croire perdu. Mais non ! Les coups de gueules, la peur, les désillusions, le courage, les pleurs, l’espoir devant le déterminisme d’une politique qui s’arc-boute dans ses mensonges. Comment faire tomber une équipe ? En utilisant le plus vieux média du monde : la rumeur. Alors, ainsi, les responsables du cinéma Le Méliès piochaient dans la caisse pour fournir quelques grammes de drogues à des invités cinéastes ? Un mauvais Scorsese ! Argument vite démonté. Là, commence le bras de fer. On ne baisse pas les bras au Méliès. La lutte sera dure, sans concession, avec des coups bas. Mais ils tiendront. L’équipe du cinéma mais aussi le collectif des spectateurs. Abraham Cohen filme comme d’autres écrivent. Une même passion, comme dirait Alexandre Astruc. Utiliser sa caméra comme un stylo. Il n’y a pas plus fort qu’une image verbalisée. Le mot et l’image ne font qu’un. Pas de démonstration télévisuelle aux effets de manches grandiloquents. Le documentaire s’inscrit pleinement dans cette volonté sociale. Celle d’un constat : le fossé qui se creuse et s’amplifie entre les administrés et les politiques. Cette attitude de ne pas prendre en compte le questionnement des citoyens. Flagrant. La caméra du réalisateur se veut intimiste, jamais dans le voyeurisme. On appelle cela le respect. Ceux qui nous restent est un film de lutte, d’espoir. Un ciné-tract qui donne, à ceux qui verront le film, du punch pour les mois à venir.