Cité Gagarine

 Retenez les dates :

Le film sort le 14 septembre à Ivry sur Seine au cinéma le LUXY et en banlieue parisienne

Le 21 septembre en nationale.

... Quoi de plus naturel !

ON A GRANDI ENSEMBLE à la cité Youri Gagarine d’Ivry-sur-Seine (94205) devait rejoindre fièrement début juin, la cohorte de ces films qui n’en finissent pas de jouer des coudes pour des sorties chaotiques. La sagesse du distributeur a été de laisser la bousculade à d’autres et d’attendre le moment favorable pour découvrir le film d’Adnane Tragha. Patience donc, pas trop tout de même. Notre battement du cœur doit réagir à l’unisson de cette fanfare nichée dans les entrailles de la cité Youri Gagarine. Un ensemble de barres d’une dizaine étages qui ont poussé au début des années soixante (1961-1963), avec cette fierté au ventre du vivre ensemble et de la conquête sociale. Quoi  de plus normal que de donner le nom du premier cosmonaute de l’histoire humaine à ce projet social promis à un bel avenir. Quoi de mieux comme perspective. Comme signe. La splendeur spatiale comme aventure humaine. Plus pragmatique : offrir un toit au plus grand nombre. Sortir du guetto, quitter peut-être, les années bidonville. Avoir un appartement. Tout le confort que le Salon des Arts ménagers offrait en ce temps que l’on appelait les Trente Glorieuses… Filmer l’histoire de ces citoyens qui, pour beaucoup, croyaient au pays des droits de l’homme. Et oui ! La République n’est jamais assez intransigeante avec ses élus. Les promesses n’ont pas été tenues, et doucement ce qui aurait pu être une réalisation citoyenne s’est effacée au profit d’une survie bétonnée. Le film d’Adnane Tragha retrace cette aventure sociale par des témoignages de cœurs et des questionnements qui n’apportent pas toujours de réponses. Est-ce si grave de voir le temps s’écouler lorsque l’histoire s’inscrit sur les murs ? D’assister en voisins à l’effondrement de la citadelle -village. Les regards côtoient l’émotion, la mise à mort des souvenirs. Les mots bredouillent quelques pensées. Que reste-t-il une fois le dernier mur terrassé ?  La séquence finale du film (La destruction de Gagarine date de 2020) nous renvoie au mythe. Le final du film de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, la symbolique comme fin d’un monde. On ne peut pas oublier, au détour d’un appartement désaffecté, cette scène. Écran de salpêtre sur lequel des images du passé sont projetées. Mémoires retrouvées, jamais tout à fait oubliées. Avant la mort programmée de “KONG”, retour dans la cité déserte. La relation de Daniel, Loïc, Karima, Yvette, Foued, Samira ou encore Mehdy à la Cité en font des héros de légendes. Rien n’est simple lorsque l’on dit “je suis de Gagarine”. Et pourtant. Les témoignages s’égrainent au fil du film, inscrivant l’histoire dans le temps d’aujourd’hui. La nostalgie n’a pas de prise. La fierté de la cité comme passeport, même lorsque la réputation en prend un coup. Tout n’est pas rose, tout devient gris,  et tant pis si cela défrise. Les virgules musicales interprétées par la fanfare dirigée par Manuel Merlot souligne ces différences et renforce l’unité. Faire résonner les murs vides des appartements abandonnés de leurs mémoires. Il n’y a ni Noirs, ni Arabes, ni Juifs, ni Blancs, la seule appartenance est ce territoire disparu dans le brouhaha de la destruction, et dans cette idée forte de l’Égalité. Des destins aussi individuels qu’ils sont communs dans leurs trajectoires. Défendre son territoire, sa vie et les espoirs qui s’y accrochent. Chacun sa destinée, Gagarine pour tous.